“Vivez en enfants de lumière !” - 3ème partie
Voyance, occultisme, attention danger
30 décembre 2008 | Mgr Jean-Pierre Cattenoz*
L’archevêque d’Avignon met en garde les chrétiens de son diocèse contre la voyance et l’occultisme sous toutes ses formes. Surtout, Mgr Cattenoz les invite à vivre toujours davantage en enfants de lumière, dans la lumière du Christ, lui qui est source de la vie
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4/ La voyance et la divination
Avec la voyance, nous entrons encore plus avant dans le monde de l’occulte. Le voyant utilise différents procédés pour pratiquer son art divinatoire (tarots, lecture des lignes de la main, boule de cristal, numérologie, médiumnité, télépathie, catoptromancie — la divination par le miroir —, rêves prémonitoires…).
Dans les Actes des Apôtres, saint Paul est confronté à une Pythonisse, « une jeune servante qui avait en elle un esprit de voyance », qui le poursuit de ses cris. Saint Paul se retourne et ordonne à l’esprit de quitter cette femme « au nom de Jésus Christ » (cf. Ac 16, 18). La femme est immédiatement libérée de l’esprit. Mais ceux qui convoitaient les prédictions de la pythonisse sont furieux et décident de mettre à mort saint Paul.
Contrairement à Dieu, l’homme ne peut connaître l’avenir, car il est engagé dans le temps. Les anges, bons ou mauvais, ne connaissent pas l’avenir autrement que dans la mesure permise par Dieu. Lorsque des voyants prétendent pouvoir lire l’avenir dans différents supports, ils peuvent anticiper des choses prévisibles, c’est-à-dire accessibles à une déduction, un raisonnement. En faisant intervenir des entités supérieures, ils peuvent obtenir d’elles une certaine connaissance de choses prévisibles, car elles ont une vue plus perçante que la nôtre. Mais cela se limite à un futur très proche.
Le grand danger réside dans le fait qu’il est possible pour le voyant, par l’intermédiaire des mauvais esprits, de connaître le passé puisqu’il a existé, et ainsi de tromper la personne qui le consulte. L’avenir en revanche ne peut jamais être connu : il n’appartient qu’à Dieu, un Dieu plein d’amour et de tendresse et non à de froides étoiles « où tout serait écrit ».
Là, il y a mise en danger par l’homme de sa propre liberté, dépendance psychologique, risque de manipulation par des esprits dont on ne sait d’où ils proviennent — en fait, on en connaît trop bien l’origine ! —...
5/ Esprits des morts, fantômes, spiritisme…
Le Christ est ressuscité une fois pour toutes ! Si les esprits des morts sont incapables de communiquer avec nous directement, il existe un lien de communion entre eux et nous, un lien puissant, celui de la prière dans la Communion des saints. Le chrétien, sûr de la résurrection des morts, n’a absolument pas besoin du spiritisme pour rejoindre ses frères aînés dans le mystère de la Communion des saints. Il sait également que le jour viendra, au terme de l’histoire, où Dieu fera toutes choses nouvelles et où les âmes séparées retrouveront le corps pour lequel elles sont faites et pourront ainsi vivre pleinement dans leur humanité transfigurée en gloire.
Les esprits, que l’on dit si avides de communiquer avec les humains, empruntant même le téléphone ou la télévision, et qui sont capables d’agir sur la matière comme sur la pensée, ces esprits ne sont pas des âmes errantes, mais tout simplement des démons qui tentent de séduire les humains en quête d’informations sur l’au-delà. Lorsque la flamme de la résurrection s’est éteinte, tout espoir est bon à saisir, toute voix issue de l’autre côté du voile est écoutée religieusement, et les anges déchus prospèrent (cf. le site du Père Joseph-Marie Verlinde) !
« Le démon est capable, quasi parfaitement, d’imiter — de reproduire — d’innombrables éléments ou formes naturelles jusque dans certaines expériences particulières de spiritisme. Il est vrai qu’une véritable séance de spiritisme ou de nécromancie n’est pas formellement une expérience qui relève du satanisme ou des pratiques sataniques. Le channeling non plus, ni l’occultisme ou encore des pratiques telles que des expériences avérées de médiumnité ou de chamanisme. Mais en réalité, une emprise démoniaque est souvent à l’origine, de façon plus ou moins sous-jacente derrière chacune de ces pratiques [2]. »
Si la Parole de Dieu et l’Église mettent si sévèrement en garde les chrétiens contre toute curiosité dans ce domaine, c’est uniquement pour les préserver de l’aliénation qui suit immanquablement la participation à ce genre de séance. La destinée de l’homme est de devenir temple de l’Esprit Saint (1 Co 3,16) et non pas repaire des démons se faisant passer pour des « esprits de défunts ». « L’Adversaire est habile à appâter notre curiosité et quand il jette le masque… c’est trop tard [3]. »
L’Église à cet égard réclame la plus grande prudence : le spiritisme fait intervenir des entités qu’on ne peut contrôler et dont on va devenir dépendant. Dans les phénomènes qui touchent aux démons, on trouve ce que l’on appelle des "portes d’entrée". L’homme est fragile. Il peut ouvrir des portes à ces entités spirituelles mauvaises qui vont entrer dans sa vie, son corps ou son psychisme jusqu’à l’aliéner. Le spiritisme est une forme d’invocation qui attire le mal et le malin.
La pratique du spiritisme est fascinante, mais destructrice. Beaucoup de jeunes qui ont participé à de nombreuses séances sont profondément atteints dans leur psychisme. L’Église l’explique de manière très simple. Lorsqu’on invoque les morts, on entre en contact avec des esprits mauvais qui prennent la place de nos morts et s’immiscent dans notre psychisme. C’est un terrain privilégié pour les mauvais anges, menteurs. L’homme risque l’aliénation et il risque de se faire manipuler par des esprits dont il ne peut discerner la provenance.
6/ Guérisseurs, don de guérison
Nous retrouvons ici une conception de la médecine pénétrée de magie, d’animisme — qui estime encore que tout cela était réservé au Moyen Âge ? —, où certains praticiens s’arment de pendules, imposent les mains, parlent d’énergie, de magnétisme ou d’onde.
Dans certaines médecines, dites naturelles, des entités supérieures sont sollicitées pour obtenir des guérisons. Ce peut être un magnétiseur, un guérisseur, mais aussi tel kinésithérapeute ou ostéopathe, qui pendant la consultation imposent les mains sur leurs patients et récitent des formules. Généralement, ces pouvoirs sont développés dans une recherche ésotérique ou occulte. Les praticiens s’initient à une « approche » médicale et thérapeutique souvent qualifiée d’« holistique » — c’est-à-dire qui prend en compte l’ensemble de l’homme, le corps et l’âme, ce qui en soi n’a rien de contestable, bien au contraire, car l’Église n’a jamais cessé de préconiser une médecine humaine, complète, proche des patients —, mais qui dans les faits va bien au-delà.
Parce que l’on ne connaît pas les puissances invoquées pendant ces séances, l’Église récuse tout comportement de ce type. Même dans le cas très populaire du « don » pour éteindre le feu, c’est-à-dire les brûlures. Elle invite donc tout patient qui devrait se trouver dans de telles situations à faire en sorte que cela ne se reproduise pas, et dans le cas où il s’y trouverait involontairement, à prier en silence Jésus. Le motif est toujours le même : nous sommes le temple de l’Esprit Saint.
S’agissant des dons (guérisons, etc.), l’Église nous donne des clefs de discernement : elle enseigne qu’on ne peut pas les utiliser à notre profit, ni même pour le bien des autres, sauf si Dieu donne, dans certaines circonstances très particulières, comme la prière en groupe, pour le bien de l’ensemble de la communauté et de manière temporaire, ce que l’Église appelle un charisme de guérison.
7/ Nouvelles thérapies, méditations New Age et prière chrétienne
« Pensez à votre propre corps du point de vue énergétique », « retrouvez l’harmonie grâce à l’étincelle divine présente en vous »… Nous vivons immergés dans un vaste syncrétisme médico-spirituel mélangeant allègrement : Extrême Orient (théories du Feng Shui, des Chakras issus du Kundalini-yoga, Chamanisme, etc.), méthodes psychologiques, médecines douces et autres... Dans ces nouvelles formes de méditation, le corps, la posture, la respiration jouent un rôle considérable.
Pour remédier à l’insécurité ambiante, dans notre société consumériste, de véritables supermarchés de la spiritualité sont édifiés. L’individu y choisit ce qu’il pense lui convenir le mieux, car il rejette toute autorité. Mais, si chacun veut être original, le résultat au final est plutôt stéréotypé…
Voici une recette spécialement concoctée :
«une pincée de psychologie de vulgarisation centrée sur l’épanouissement personnel,
être bien dans sa peau,
parler de réincarnations, de karma, de maîtrise du souffle, de chakras et surtout promettre de devenir “zen”,
inviter à méditer, à descendre en soi, surtout sans préciser ce que l’on méditera, ni ce qu’on risque de trouver,
s’inscrire dans la grande tradition des astrologues de l’Égypte ou de la Mésopotamie, sans négliger de se référer aux spéculations astrologiques (l’ère nouvelle annoncée serait celle du Verseau succédant à celle du christianisme),
recueillir l’héritage de tous les animismes et panthéismes de partout,
recueillir et libérer les énergies vitales qui sommeillent en nous… (?),
les réorienter pour les mettre en communion avec celles de la nature,
détecter ces énergies à l’aide du pendule, et des diverses techniques de la radiesthésie et du magnétisme,
remonter à vos vies antérieures et entrer en communication avec les esprits de vos ancêtres,
ne pas négliger l’expérience de contact avec la Nature qu’avaient ou qu’on encore les chamans, les sorciers et autres guérisseurs africains ou amérindiens,
redécouvrir et développer notre médiumnité naturelle,
et pour finir, pendant que le chaudron est sur le feu, une grande gentillesse et un air de complicité : « Vous avez de la chance d’être ainsi initié. Ces enseignements sont réservés à ceux qui, comme vous, sont capables d’en tirer profit. »
Ne vous posez pas trop vite la question de la facture. Elle est généralement très élevée. « Mais vous ne regretterez pas l’expérience et même vous en redemanderez [4] ! »
Sans entrer aucunement dans le détail de ces nouvelles “thérapies” ou méditations, le document sur la méditation chrétienne publié par la Congrégation pour la doctrine de la foi est de grande actualité et donne quelques clefs de discernement [5].
Certes, certaines de ces techniques contiennent des éléments importants : rôle du silence, la force régénérante de la méditation et la relation étroite entre le corps et l’âme. Cependant, la prière chrétienne est avant tout un dialogue d’amour, de personne à personne, un cœur à cœur, et non un monologue. Ensuite, toutes ces propositions ne cherchent pas à connaître un Autre mais soi-même, son propre corps pour son “bien-être” personnel. Aussi utile que cela puisse paraître, cela n’a rien à voir avec la méditation chrétienne, qui est toujours dialogue avec Dieu et qui ouvre à l’autre.
D’autres formes de méditation vont plus loin encore. Elles prétendent trouver l’étincelle divine contenue en chacun afin de rendre possible que le « je » se perde dans l’Être infini de l’Absolu comme une goutte d’eau dans la mer. Ces conceptions de la prière qui dérivent de l’Orient contiennent une fausse idée de Dieu et de l’homme. Là encore est nié le fait que Dieu est une Personne à qui je peux parler et qui m’écoute. Dieu est conçu comme une énergie impersonnelle, un principe cosmique, “une étincelle divine en moi”. Disparaissent le Créateur et la créature : Nous trouvons le divin, notre divin en nous ; en d’autres termes : « nous sommes Dieu ».
Cette tentation est loin d’être nouvelle ! Or, Dieu a créé le monde par amour, celui-ci est bon et même très bon (Gn 1, 31), mais si Dieu en prend grand soin, le monde n’est pas Dieu. Dieu seul est Dieu. Par ailleurs, chaque homme est une personne unique, et ce, pour l’éternité.
Plus encore, la prière est conçue comme le résultat de techniques déterminées alors qu’elle est don de Celui qui sauve. L’homme ne peut parvenir à l’harmonie et pénétrer dans le mystère de Dieu à travers l’exercice et l’effort. Certes, la position du corps peut sans aucun doute rendre plus facile le recueillement intérieur. Mais la vraie prière n’est pas une question de technique, elle est foi en Jésus Christ et don de l’Esprit Saint qui « vient en aide à notre faiblesse » et « intercède avec insistance pour nous » (Rm 8, 26). « Je suis le chemin, la vérité et la vie.
Personne ne peut aller vers le Père sinon par moi » (Jn 14, 6). « Personne ne peut dire “Jésus est Seigneur” sinon sous l’action de l’Esprit Saint » (1 Co 12, 3).
La prière n’est pas une fuite égoïste du monde, elle donne toujours des fruits d’amour envers le prochain, produit le pardon et rend plus fort pour affronter le combat de la vie (cf. Benoit XVI, Spe Salvi, n° 33). Elle n’est donc pas échappatoire, mais nous immerge dans le réel, la réalité de notre vie, pour notre plus grand bien !
Les médiations et thérapies New Age promettent l’harmonie intérieure, le plaisir de la vie et le bien-être du corps. Trois aspects en effet : la liberté du stress (harmonie intérieure), la liberté de la pauvreté et du besoin (goûter la vie dans tous ses aspects) et la liberté de la maladie (refus radical de la souffrance). Où l’on retrouve également les trois souhaits de l’homme contemporain indiqués dans le sondage du journal Le Parisien (24/11/08) : de l’argent, la santé et du temps « pour soi ». Qui, de fait, ne souhaite vivre en plénitude, trouver la paix intérieure et être sain de corps et d’esprit ? Or, ce sont autant de promesses mensongères : dans ce monde, la fatigue, le besoin et la maladie seront toujours présents. Le New Age est d’autant plus fallacieux qu’il propose tout cela sans Jésus Christ. Or, Lui seul possède la clef du bonheur et de la vraie liberté. Il est le Bon Pasteur, Lui qui a ouvert une « ère nouvelle » avec son Église, Il nous révèle le Père et nous y conduit (cf. Jn 1, 18).
8/ Magie, sorcellerie, envoûtement
(la suite de l'article sera publiée ultérieurement)