JMJ à Sydney

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Témoignage d'un prêtre du diocèse deMetz

Chers amis,

 

Au retour de ces JMJ, ces Journées Mondiales de la Jeunesse en Australie, je ne peux pas ne pas témoigner de ce que j’y ai vécu, et qui illustre très bien l’évangile de l’abondance des grâces de Dieu que nous partage l’Eglise aujourd’hui. Comme vous vous en doutez, j’en ai eu pleins les yeux, pleins le cœur. Et je reviens un peu transformé par cette aventure.

Dans ce pèlerinage avec les jeunes du monde entier, à l’autre bout du monde, c’est un souffle de renouveau qui a été perçu à Sydney, une nouvelle Pentecôte qui a été vécue par l’Eglise entière, comme le rappelait Benoit XVI à son retour. Le thème de ces 23èmes JMJ correspondait justement à cette attente : « Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre.» Ac 1,8

Qu’ai-je vécu au cours de ces JMJ ? De quoi suis-je témoin ?De beaucoup de choses qu’il me faut résumer […] mais que je reprendrai lors d’une soirée en image et en son, et que je vous proposerai probablement début septembre […]. Je peux vous assurer en tout cas que cette terre australe est attachante et attirante et qu’il a été difficile de la quitter.

Mais si je suis revenu des extrémités de la terre, c’est justement pour vous dire que la puissance de l’Esprit Saint agit dans les cœurs, agit partout dans le monde, du sein de l’Eglise vers l’ensemble de l’humanité. C’est cette espérance là que j’ai perçue et que les jeunes ont expérimentée, même si les mots me manquent pour dire le fond de cette expérience. Ce n’était pas simplement « bien, sympa, cool… et puis voilà ». C’était bien plus fort que cela.

Qu’ai-je vécu au cours de ces JMJ ? De quoi suis-je témoin ?

D’abord de l’accueil et de la fraternité de nos frères et sœurs catholiques d’Australie : un accueil fait de simplicité, de délicatesse, de grande ouverture, un accueil concret fait de moments simples et riches. Je pense à cette très belle messe matinale, dite sur la plage, face au soleil levant. Oh certes il faisait un peu froid, puisque nous étions en hiver. Mais la beauté de la Création chantait les louanges du Seigneur. C’était magnifique. Je vois mieux maintenant le Christ comme le soleil levant, qui peut illuminer la vie humaine par la beauté de sa lumière et de sa Grâce. Voilà ce que j’ai vécu en acte, cet émerveillement, ce réenchantement de l’existence par la foi, qui tranche évidemment avec le discours et l’ambiance un peu cynique et délétère de nos sociétés modernes, fatiguées de consommer et fatiguées de vivre.

A vrai dire, nous étions certes à l’autre bout du monde, mais chez nous, aussi paradoxale que cela puisse paraître. J’ai rencontré l’Eglise du Seigneur, la même qu’ici, et qui est confrontée aux mêmes difficultés que nous avons, aux mêmes critiques, aux mêmes doutes. Certes l’Eglise d’Australie est un peu plus implantée au niveau social que l’est notre Eglise en France : beaucoup d’écoles catholiques, d’université, d’hopitaux, de maison de retraite qui ont une très bonne réputation. Le premier ministre qui a pris la parole lors de la messe d’ouverture à Barangaroo, en face de la baie de Sydney, a bien souligné l’importance de l’implantation de l’Eglise Catholique en Australie. Elle est depuis peu la première Eglise en nombre, grâce à l’immigration et à l’accueil des étrangers. Mais elle a ses fragilités aussi, composés de pécheurs et d’hommes et de femmes à la recherche de l’espérance. Je pense que ces JMJ ont été revigorants pour cette Eglise.

En tout cas, cette expérience m’a fait comprendre l’importance de l’accueil et de l’échange pour vivre la richesse de l’Eglise et pour rendre la réalité de l’Eglise plus visible à nos propres yeux. Cette réalité, c’est cette capacité à vivre des relations fraternelles au nom de notre foi en Jésus, sous la puissance de l’Esprit. Le cœur du cœur de l’Eglise, de cette Eglise répandue sur toute la terre, c’est bien cette communion fraternelle en Christ, cette ouverture et cette joie de vivre la communion, qui est d’abord un don de Dieu. « Vous tous qui avez soif, venez voici de l’eau ! … venez acheter le vin de la joie et le lait de la grâce qui nourrit votre intériorité spirituelle, sans argent et sans rien payer, gratuitement, parce que c’est le don de Dieu. » L’expérience d’Isaïe est l’expérience de l’Eglise.

S’il y a bien une chose dont je peux témoigner à ce retour des JMJ, c'est que si l'Église est une réalité qui dépasse effectivement largement les frontières visibles de l'Église Catholique, elle est profondément Catholique en son essence, rassemblée autour du Christ dont les évêques, les prêtres, les fidèles unis au St Père en sont le signe. On ne peut pas trouver les sources de la grâce en s'éloignant de l'Église, y compris institutionnelle.

Ce pèlerinage m'a réappris l'Église, certes composée de pécheurs mais aimée de l'amour du Christ et conduite par la puissance de l'Esprit d'unité. Puissions nous vivre de réconciliation et d'unité au coeur de l'Église notre mère, sous l'action de l'Esprit qui peut tout. Je prie pour que l'Esprit d'unité nous aide à grandir dans la volonté de Dieu, qu’il guérisse toutes nos blessures, qu’il nous aide à progresser au sein de notre communauté paroissiale pour plus d’accueil, plus d’ouverture et plus de fraternité, qu’il nous fasse découvrir la vraie richesse de l’Eglise. […]

J’ai envie de dire plus simplement: ne nous laissons pas aigrir par la hausse du carburant et des matières premières, même si c’est un sujet d’inquiétude réelle et qu’on peut légitimement en parler. Après cette expérience, j’estime pour ma part qu’il y a d’autres choses plus importantes à vivre et à partager au sein de notre communauté, et qu’il est de notre responsabilité de les faire découvrir aux hommes de notre temps, pour sauver l’espérance.

Je terminerai par cette très belle image que je garde dans mon cœur de cette statue de Jean-Paul II qui a été placée devant la cathédrale Ste Marie de Sydney. C'était fort, j’étais très impressionné en découvrant cette statue. Jean-Paul II y est pied nu, comme les saints, et il porte la palme des martyrs. Sur sa mitre, une couronne d'épines, parce qu’il a porté la charge de l’Eglise, et qu’il a été fidèle à l’Evangile sans céder à la pression de l’esprit du monde. Il est en mouvement comme le signifie sa chasuble. Il y avait une inscription en hébreu sur son pallium que je n'ai pas su déchiffrer. Mais il invite l'Église à regarder vers l'horizon, là où ciel et terre se rejoigne, là où l'avenir est possible, là où l'Esprit nous entraîne, vers les bons pâturages, sous la vigilance du Bon Pasteur. Et peut-être qu’il nous interroge comme St Paul : frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ?

Amen.

 Père Dominique Thiry

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